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Entre 125 et 122 avant Jésus-Christ, les armées romaines traversent les Alpes et partent à la conquête de la Provence et du Languedoc. La région est alors connue sous le nom de Gaule Transalpine avant de devenir plus tard la Narbonnaise. Seule Marseille, alliée de Rome, reste indépendante. À l’ouest, l’empire contrôle la péninsule ibérique depuis déjà plusieurs décennies. Aucune route bien définie ne permet de la relier à l’Italie.

Sans accès sûr, les Romains ne peuvent assurer la pérennité de leur conquête gauloise. Ils s’attellent alors à concevoir et construire à partir de 118 av. J.-C. une voie qui traverse le sud de la France. Le magistrat romain C. Domitius Ahenobarbus se charge de la définition du tracé et donne ainsi son nom à l’œuvre : la Via Domitia. Celle-ci s’avère être la première grande voie romaine de toute la Gaule. Une légende raconte que la voie Héracléenne, une route suivie par le héros Hercule (ou Héraclès) au cours du 10e de ses travaux, a servi de modèle à la Via Domitia et à son itinéraire.

Relier les Alpes aux Pyrénées

Faites un saut dans le temps et mettez-vous dans la peau d’un voyageur cheminant sur cette route peu après sa construction. Ses pas suivent un long tracé souvent rectiligne. Ce dernier l’entraine des Alpes et plus précisément du col de Montgenèvre, vers les Pyrénées et le col du Perthus. Sur le parcours, le voyageur traverse la vallée de la Durance, le Rhône, le Languedoc et le Roussillon. Il croise des villes telles que Gap, Sisteron, Apt et Narbonne - un centre urbain important - et des relais où reprendre des forces. Il emprunte la Via Domitia à Nîmes, à Cavaillon et dans bien d’autres cités romaines bien développées ou juste naissantes.

Dans les villes et leurs alentours, ses pieds se posent sur des dalles ou des pavés similaires à l’ensemble des routes construites par les Romains. Des sillons entre les pierres servent de guide aux chars des militaires et chariots des marchands, les compagnons de route typiques de ce voyageur. Dans la campagne, graviers ou terre battue recouvrent les travaux de terrassement effectués par les légionnaires. Un aspect que prend la Via Domitia à Montpellier, car, si la voie traverse bien l’emplacement actuel de la ville, aucun centre urbain n’existera là avant le Moyen Âge. La voie Domitia après Béziers adopte un stratagème ingénieux de petits ponts pour franchir la zone marécageuse de l’étang de Capestang.  

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Une route toujours empruntée

De nombreux vestiges de cette route ont traversé le temps jusqu’à l’époque actuelle. Une portion pavée de la Via Domitia à Narbonne a refait surface par hasard juste en face de l’hôtel de ville. À Nîmes, la porte d’Auguste, un édifice que la route franchissait pour rejoindre le centre, se dresse toujours fièrement. Près d’Apt, dans le Vaucluse, le joli pont Julien à trois arches traverse le Calavon depuis plus de deux millénaires. La Via Domitia à Perpignan prend une forme des plus vivantes, puisqu’elle donne son nom à l’université de la ville.

Par l’intermédiaire de pèlerins en route pour l’Espagne, avancer le long de la Voie Domitienne est de nouveau d’actualité. En effet, la portion de cette voie romaine comprise entre Montgenèvre et Arles, mais aussi le GR653D ont servi de canevas à la création d’un nouveau Chemin de Compostelle traversant la Provence.  

Suivre la Via Domitia dans l’Hérault, les Pyrénées-Orientales ou la Provence est une belle excuse pour aller à la découverte des vestiges gréco-romains du Sud et se pencher sur une époque qui a façonné le territoire.