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La grande mosquée de Cordoue et la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption désignent un seul et même lieu. Ce chef-d’œuvre des architectures islamique et chrétienne est le témoin d’un passé complexe qui s’est répercuté sur ses murs au fil des siècles. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, cet édifice emblématique de la ville de Cordoue accueille plus de 1,8 million de visiteurs par an. Découvrez l’histoire millénaire de l’Espagne à travers les transformations successives de ce site exceptionnel.

L’époque romaine

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La mosquée de Cordoue est érigée sur les rives du fleuve Guadalquivir. Elle se trouve dans la continuité du Pont Romain datant du début du Ier siècle av. J.-C. En effet, dans l’Antiquité, « Corduba » est la capitale de la province romaine d’Hispanie ultérieure, puis d’Hispania Baetica. 

À l’origine, l’emplacement de la mosquée est occupé par un temple dédié au culte de Janus, l’un des plus anciens dieux du panthéon romain. D’autres vestiges de cette période sont encore visibles dans la ville, comme le temple lié au culte impérial et les mausolées romains.

La première époque chrétienne

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Après l’effondrement de l’Empire romain d’Occident au Ve siècle, les Vandales suivis des Wisigoths s’emparent de Cordoue. Au 6e siècle, le temple de Janus est converti en basilique de Saint-Vincent. Celle-ci est construite par les Wisigoths, l’un des peuples barbares les plus célèbres d’Europe qui pratiquaient une forme sans doute hérétique du christianisme. 

Vous pouvez toujours contempler les restes archéologiques de ce premier édifice chrétien, dont de superbes mosaïques. Découverts par Félix Hernández, ils sont visibles dans la zone d’exposition de Saint-Vincent.

L’époque musulmane

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L’histoire de la mosquée de Cordoue prend un nouveau tournant en 711, lors de la conquête musulmane de la péninsule ibérique. La cité devient alors la capitale du royaume d’Al-Andalus. Le calife Abd al-Rahman Ier de la dynastie des Omeyyades entreprend l’édification de la mosquée primitive Aljama en 786. Il utilise d’ailleurs les matériaux des bâtiments antérieurs, notamment les colonnes romaines. 

Les onze nefs perpendiculaires au mur de la qibla, la salle de prière, se basent sur des arcs outrepassés superposés qui supportent la toiture en bois. Ce système ingénieux aura un impact majeur dans l’évolution de l’architecture universelle. La décoration sobre de la salle de prière est rehaussée de claveaux alternés (pierres calcaires blanches et briques rouges), ainsi que de bas-reliefs en stuc. Le minaret primitif est élevé en 788. C’est le premier d’Andalousie.

Ce chef-d’œuvre de l’art arabo-andalou est constamment agrandi et embelli pendant deux siècles, témoignant ainsi du développement démographique de Cordoue. Abderrahmane II effectue une extension vers le sud et élargit la cour des ablutions. Le minaret primitif est détruit sur ordre d’Abderrahmane III, fondateur de la cité califale voisine de Madinat al-Zahra, dans le même style que la mosquée. Le nouveau minaret, toujours de forme carrée, mais beaucoup plus imposant, devient le symbole du pouvoir des Omeyyades. Quelques années plus tard se produit le deuxième agrandissement de la mosquée, entrepris par Al-Hakam II.

C’est le troisième et dernier agrandissement du côté oriental par Almanzor qui donne sa forme définitive à l’architecture de la mosquée de Cordoue : 23 000 mètres carrés, 19 nefs et plus d’un millier de colonnes. Le califat de Cordoue atteint alors son apogée et ce site exceptionnel contribue à la notoriété de la ville. De fait, il s’agit de la mosquée la plus importante en Occident et la deuxième plus grande mosquée du monde, après celle de la Mecque. Ce monument est aussi le plus accompli de l’art des Omeyyades de Cordoue.

Par ailleurs, cette mosquée se distingue par l’orientation de son mihrab. Ce mot arabe désigne la niche qui indique aux musulmans la direction de La Mecque. Fait exceptionnel, le calife Abd al-Rahman a choisi de placer le mihrab de la mosquée de Cordoue en direction de Damas, sa ville d’origine.

La seconde époque chrétienne

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Au début du XIe siècle, le royaume musulman entame son déclin, de même que Cordoue. L’armée chrétienne pénètre dans la ville en 1146. La Sainte Messe est célébrée dans la grande mosquée en présence du roi Alfonso VII et de l’archevêque de Tolède.

Cordoue reste cependant sous la domination musulmane jusqu’en 1236, date de la reconquête par le roi chrétien Ferdinand de Castille. La mosquée est convertie en temple catholique et subit une série de transformations, dont la métamorphose du minaret en clocher.

Les plus impressionnantes ont lieu aux XVe et XVIe siècles, qui voient progressivement émerger une cathédrale au cœur de la salle de prière musulmane. La population et les autorités de Cordoue s’y opposent, mais l’empereur Charles Quint ordonne la construction. L’évêque Iñigo Manrique fait murer 19 arcades et démolir 400 colonnes pour créer la nef gothique à tracé basilical. En visitant les lieux, Charles Quint exprime ses regrets en ces termes : « Si j’avais su ce qu’il y avait ici, je n’aurais jamais osé toucher à l’ancien édifice. Vous avez détruit ce que l’on ne voyait nulle part pour construire ce que l’on voit partout. »

Un peu plus tard, l’évêque Alonso Manrique commande l’édification de la Grande Chapelle, du Transept et du Chœur. Une coupole de 15 mètres de diamètre coiffe le centre de la nef et des dizaines de petites chapelles apparaissent. Les travaux chrétiens durent 243 ans en mêlant les styles gothique, Renaissance et baroque. Les plafonds sont ornés de manière opulente avec des thèmes bibliques.

Description actuelle de la mosquée de Cordoue

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En 2006, le diocèse de Cordoue se déclare propriétaire du monument et minimise l’apport arabo-musulman. La pratique de l’islam y est formellement interdite. En réaction, un collectif citoyen réclame le retour de la mosquée-cathédrale dans le domaine public. Le statut ambigu de ce lieu de culte ne cesse de susciter des débats en Espagne.

Il n’en reste pas moins que le leg de la mosquée de Cordoue à l’histoire des arts est immense. Cet ensemble architectural millénaire se distingue par son caractère interreligieux unique au monde. Avec l’Alhambra de Grenade et l’Alcazar de Séville, il figure parmi les monuments majeurs d’Al-Andalus.