En Espagne, la tradition du paseo unit toutes les générations autour du plaisir de la flânerie. Ce rituel présent dans toute la péninsule ibérique se déroule selon les saisons entre 17 et 20 heures. À l’occasion, enfants, parents et grands-parents sortent des maisons pour une déambulation avant l’heure du dîner, le long de jolies avenues bordées d’arbres ou de promenades de front de mer ponctuées de bancs. Cap sur le Paseo del Prado de Madrid et le Passeig de Gracia de Barcelone. 

Le paseo : histoire d’une tradition espagnole

Au XIXe siècle, les paseos (ou rondas) prennent la place des murailles de nombreuses villes d’Espagne. Selon les régions, ces lieux portent aussi le nom d’alameda - du nom des peupliers (alamos) qui les bordent - ou de rambla. La vie publique s’y déroule entre flânerie et échanges sociaux à la tombée de la nuit. Le terme « paseo » désigne à la fois le lieu où l’on se balade et l’action de se promener (pasear en espagnol et ramblear en catalan). 

L’heure du paseo marque la fin de la journée et le retour de la fraicheur. Il se vit en famille ou entre amis. C’est le moment de saluer ses voisins et de discuter avec les passants, en marchant ou en prenant place sur un banc ombragé.

Le Paseo de Gracia, fleuron moderniste de Barcelone 

Le Paseo de Gracia (ou Passeig de Gràcia en catalan) est, avec la Rambla, l’une des avenues les plus prestigieuses de Barcelone. Démarrant de la Plaça de Catalunya, à l’est, pour aboutir à la Carrer Gran de Gràcia, à l’ouest, elle est située dans « l’Ensanche barcelonés », plus connu sous le nom de quartier de l’Eixample. Longue de plus de 1 500 m, cette artère centrale reliait au XIXe siècle le village de Gracia aux portes des murailles barcelonaises. 

À l’aube du XXe siècle, avec la disparition des fortifications, cette voie est intégrée au nouveau plan d’urbanisation de la capitale catalane. Le Passeig de Gràcia voit l’édification d’hôtels particuliers et d’immeubles, signés des grands noms du modernisme catalan. Aujourd’hui, on compte vingt-trois bâtiments classés d’intérêt national ou inscrits à l’UNESCO le long de cet élégant passage. La Pedrera (aussi appelée la Casa Milà) et la Casa Batlló d’Antonio Gaudí sont ouvertes à la visite. Sur l’Illa de la Discòrdia, la Casa Lleó Morera de Lluís Domènech i Montanerà et la Casa Amatller de Josep Puig i Cadafalc s’admirent de l’extérieur. 

Le Paseo del Prado, l’incontournable madrilène 

Le Paseo del Prado, l’incontournable madrilène

Surnommé le « Paseo de las Artes » (ou promenade des Arts) en référence au grand nombre de musées qui le bordent, le Paseo del Prado fait partie des avenues les plus célèbres de Madrid. Longue d’un peu plus d’un kilomètre, cette artère reliant la plaza de Atocha à la plaza de Cibeles fut, au cours du XIXe siècle, l’un des lieux de promenade préférés des Madrilènes. 

Aujourd’hui, il constitue un endroit incontournable où se concentrent quelques-uns des sites emblématiques de la capitale espagnole. En commençant par le prestigieux musée du Prado, le musée Thyssen-Bornemizsa (beaux-arts), le musée Reina Sofia (art moderne et contemporain), la fondation CaixaForum, le musée des arts décoratifs, le musée naval et le musée d’archéologie national sur le Paseo de Recoletos. Au détour de la promenade,  on peut croiser la fontaine de Neptune sur la plaza Canovas del Castillo, la bourse, le parlement espagnol et le ministère de la Marine. Le Jardin botanique royal et le parc du Buen Retiro offrent un havre de verdure au cœur de Madrid.

Actuellement, de San Sebastian à Malaga et de Barcelone à Madrid, l’Espagne compte quelque 164 paseos dans ses grandes villes, dont la moitié en Andalousie et en Catalogne. Encore une bonne raison, de découvrir ou de redécouvrir la douceur de vivre à l’espagnole.