Au cœur du quartier Cayo Hueso de la Havane, il existe une artère intimiste devenue un haut-lieu du street-art cubain : le Callejon de Hamel, une ruelle de seulement deux cents mètres, créée par l’artiste contemporain Salvador Gonzales Escalona, qui invite à une immersion totale au cœur de l’art cubain.

Du Malecon, longeant la baie de la Havane, il faut bifurquer sur l’avenida San Lazaro, à proximité du monument dédié au Général Antonio Maceo, avant de marcher sur une centaine de mètres. Là, blotti entre les rues Aramburu et Hospital, le Callejon de Hamel appelle à une parenthèse magique et colorée. Une ruelle pavée s’étendant sur deux cents mètres seulement transfigurée par l’art contemporain qui détonne avec les bâtisses décrépies, mais chaleureuses du quartier de Cayo Hueso.  

Derrière le porche aux teintes émeraude marquant l’entrée du Callejon de Hamel, une explosion de couleurs attend le voyageur. Les façades, volets, fenêtres, portes des murs cendrés d’anciens logements ouvriers ont servi de supports à des fresques murales et citations philosophiques pour créer un univers street art unique, sorti de l’imagination d’un seul homme : Salvador Gonzales Escalona.  

Salvador Gonzales Escalona, artiste contemporain initiateur du Callejon de Hamel

Un matin d’avril 1990, alors que l’économie cubaine s’effondre suite à une rupture avec l’Union soviétique, cet artiste autodidacte commence à colorer sa rue avec de la peinture pour carrosserie de voiture. Ses sculptures prennent vie avec des objets de récupération comme l’attestent les vieilles baignoires où sont repris des vers du Petit Prince. Son univers ? Un mariage de cubisme, surréalisme et art abstrait mettant en valeur la culture afro-cubaine ainsi que la religion Santeria.

Aujourd’hui, ce haut-lieu du street-art cubain est devenu un lieu de rendez-vous. Tous les dimanches, la ruelle s’anime au son des claves, congas et cajons pour des concerts de rumba résonnant dans tout le quartier Cayo Hueso. Là, sous le généreux soleil cubain, prenez place sur l’une des tables en fer forgé parsemant la ruelle gorgée de couleurs. Ici se déguste un cocktail uniquement confectionné dans le Callejon de Hamel à base de basilic, miel, eau gazeuse et rhum cubain baptisé El Negron. Un rafraîchissement idéal pour se laisser enivrer par la magie des lieux. En journée, il n’est pas rare de voir un vieil homme discret aux cheveux grisonnants assis sur une chaise à l’entrée du bar : Salvador Gonzales Escalona, le créateur de ce paradis du street art, que tout le monde appelle ici «Salvador».