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De Jules Verne aux Pink Floyd, du compositeur Felix Mendelssohn au plasticien Matthew Barney… Depuis plusieurs siècles des artistes de tous horizons trouvent en la grotte de Fingal une muse improbable. Isolée en pleine mer, cette curiosité géologique a aussi inspiré des légendes irlandaises et écossaises. 

La grotte de Fingal en Écosse, terre de légendes 

Il était une fois un géant irlandais nommé Fionn Mac Cumhaill, héros populaire de légendes celtes irlandaises et écossaises. Un jour, Benandonner, un autre géant habitant l’Écosse, le défie. Pour répondre à la provocation et rejoindre le pays de son adversaire sans se mouiller les pieds, Fionn Mac Cumbhaill, entreprend la construction d’un pont de pierres. L’issue de la confrontation connait des versions différentes quant au vainqueur, mais toutes s’accordent sur un point : le pont est détruit par l’un des géants. La légende ajoute aussi que côté irlandais, il en reste un vestige à l’endroit où il commençait : la chaussée des Géants. Côté écossais, la grotte de Fingal serait son pendant.

Cette cavité impressionnante battue par les vagues de la mer des Hébrides creuse le sous-sol de Staffa. La petite île volcanique déserte longue d’un kilomètre et large de 500 mètres appartient à l’archipel écossais des Hébrides intérieures et repose sur des fondations d’origine volcaniques âgées de plusieurs millions d’années. Ses hautes falaises se composent essentiellement de colonnes de basaltes. Au sud de l’île, le travail de l’érosion a fini par dévoiler la grotte de Fingal. Avec une voute s’élevant à une hauteur de 22 mètres, elle s’avance sur 82 mètres vers l’intérieur de Staffa. Son « armature » géométrique fait tout son charme et titille l’imagination artistique.  

Les parois de la caverne se composent d’orgues basaltiques, colonnes rocheuses provenant du refroidissement d’une coulée de lave, de sa rétraction suivie de la production de fissures dans le basalte. Celles de la grotte de Fingal forment de formidables structures régulières de forme hexagonale. Vue de la mer, l’ouverture de la cavité affiche un aspect géométrique presque artificiel. Elle semble tout droit sortie d’une bande dessinée futuriste. Elle fascine les Celtes par son allure, mais aussi par les sons qu’elle produit. Si bien qu’ils la nomment Uamh-Binn ou « la grotte de la Mélodie ». 

Conquis par une visite de la grotte de Fingal

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Le lieu aurait pu rester une de ces merveilles naturelles insoupçonnables si le naturaliste Joseph Banks n’avait pas décidé d’explorer les îles écossaises en 1772. Le compositeur allemand Felix Mendelssohn entreprend à son tour un voyage sur l’île de Staffa en 1829. Conquis, il imagine une ouverture jouée en public pour la première fois en 1832 et qualifiée de musique impressionniste. Pour le peintre J.M.W Turner, ce sont les brumes enveloppant les colonnes de la caverne qui lui inspirent un tableau romantique. Jules Verne y trouve le décor idéal pour la dernière scène de son roman de science-fiction Le Rayon vert

Depuis le XIXe siècle, la grotte joue un rôle de muse involontaire. Elle figure dans Cremaster 3 signé en 2002 par l’artiste contemporain controversé Matthew Barney qui s’appuie aussi sur la légende celte. Pink Floyd baptise une de ses chansons psychédéliques de son nom. 

Les références à cette formation géologique dans la culture ne manquent pas. Elle semble avoir jeté des ponts entre une variété d’artistes, de modes d’expression et d’époques. Pour la petite histoire d’ailleurs, les scientifiques estiment que la grotte de Fingal et la chaussée des Géants proviennent de la même coulée de lave et que les deux sites étaient autrefois liés. Quand légende et réalité se rejoignent…