Au cœur du quartier d’Eixample, la Casa Batlló se dresse au 43 Passeig de Gracia. Monument emblématique de Barcelone, cette maison typique du modernisme catalan est l’œuvre de l’architecte Antoni Gaudí. Au même titre que le Parc et le Palais Güell, la Casa Mila surnommée la Pedrera, la Casa Vicens, la façade de la Nativité et la crypte de la cathédrale de la Sagrada Familia, la Casa Batlló est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

La Casa Batlló de Barcelone, chef-d’œuvre du modernisme catalan

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Initialement vouée à la destruction, la Casa Batlló doit sa survie au talent d’Antoni Gaudí. En effet, plutôt qu’un projet de construction, c’est un programme de restructuration que l’architecte catalan propose à son propriétaire : Josep Batlló i Casanovas. Ainsi, l’austère bâtiment édifié en 1877 par Emilio Sala Cortés (professeur d’Antoni Gaudí) connaît une seconde jeunesse en devenant l’une des icônes du modernisme catalan. 

Le chantier dure un an et demi et la transformation est radicale. Le jeu des couleurs et des formes ainsi que l’univers onirique de la façade bousculent la tradition et font entrer la Casa Batlló dans la postérité. Connue également sous le nom de « maison des os », « maison des bâillements », « maison des masques » ou « maison du dragon », la Maison Batlló ne lasse pas de susciter l’étonnement et le rêve, avec ses détails entre art, design et mythologie. 

Un édifice au cœur de la Illa de la Discòrdia

L’histoire de la Casa Batlló de Barcelone est émaillée d’un grand nombre d’anecdotes. L’une des plus célèbres a donné son nom à l’Illa de la Discòrdia (en catalan) ou Manzana de la Discordia (en castillan), le pâté de maisons sur lequel elle est construite. Pourquoi ce tronçon du Passeig de Gracia mérite-t-il le surnom de Pomme de Discorde ? Car sur quelques mètres se concentrent cinq des maisons les plus controversées de leur époque, aux façades audacieuses. Il s’agit de la Casa Amatller imaginée par Josep Puig i Cadafalch, la Casa Lleó-Morera conçue par Lluís Domènech i Montaner, la Casa Mulleras créée par Enric Sagnier, la Casa Josefina Bonet réalisée par Marcel-li Coquillat et la Casa Batlló signée par Antoni Gaudí. 

La discorde fait, au choix, référence à la rivalité régnant entre ces architectes de renom, l’antagonisme des styles résolument singuliers des cinq façades voisines, voire la polémique suscitée par l’avant-gardisme de leurs lignes, « discordant » avec l’harmonie générale de cette artère prestigieuse de Barcelone. Aujourd’hui, le Passeig de Gracia, l’un des paseos espagnols les plus emblématiques, recense quelque 23 bâtiments modernistes classés. 

Une allégorie de la légende de Sant Jordi et du dragon 

Selon la légende, Sant Jordi, patron de la Catalogne, terrassa d’un coup d’épée le dragon qui terrorisait les campagnes. Cet acte de bravoure sauva une princesse catalane des griffes du monstre. On raconte que le sang qui s’écoulait de la blessure de l’animal se transforma miraculeusement en roses rouges. En observant la façade de la Casa Batlló, on peut apercevoir les symboles évoquant ce récit mythique cher au cœur des Barcelonais. Le toit en tuiles polychromes figure le dos du dragon couvert d’écailles, alors que l’escalier du vestibule rappelle son épine dorsale et les arcs caténaires du grenier représentent sa cage thoracique. Le travail de la façade, avec ses décorations en forme d’os ou de squelettes, fait allusion aux victimes du monstre. Le balcon orné de fleurs symbolise l’image de la princesse. La croix en pignon évoque quant à elle l’épée de Sant Jordi.

Ouverte au public depuis 1995, la Casa Batlló, monument phare de la capitale catalane, accueille un million de visiteurs chaque année.