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L’un des ossuaires les plus surprenants et remarquables d’Europe se cache à Kuta Hora, à Prague, en République tchèque. Cette œuvre monumentale résulte de plusieurs siècles de constructions et rénovations successives et témoigne de l’inventivité des différents sculpteurs.

Une brève histoire de l’ossuaire de Sedlec

Kutná Hora en République tchèque est surnommée le trésor du pays ou la ville d’argent. En plein cœur de la Bohème centrale, elle abrite des mines d’argent d’où est sorti le tiers de la production européenne durant le Moyen Âge. Cette manne a servi à financer nombre de monuments historiques d’églises et de palais dont une grande partie est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. L’un de ses édifices les plus célèbres est sans conteste le monastère de Sedlec. 

Sa construction remonte à 1142, lorsque Miroslav de Markvartice demande à l’ordre cistercien de bâtir le monastère sur son domaine recouvert de forêts. Quelques années plus tard, en 1278, le père abbé de l’édifice est envoyé en pèlerinage en Terre sainte par le roi de Bohème Ottakar II. Il en revient avec une poignée de terre prélevée sur le Golgotha, qu’il déverse sur le cimetière du monastère. Celui-ci devient alors lui-même un sol bénit propre à assurer un repos éternel avant la résurrection. 

En 1348, la Bohème est frappée de plein fouet par la peste noire, quelque 30 000 personnes en décèdent et sont enterrées dans le cimetière du monastère. Débute ensuite une série de croisades entre catholiques et hussites, un mouvement préprotestant, qui se solderont par un accord de paix en 1436, et dont les morts sont eux aussi inhumés dans le cimetière du monastère. Peu de temps après, celui-ci est partiellement détruit et les os exhumés sont entreposés près de la chapelle funéraire. Un siècle plus tard, on commence à les utiliser pour réaliser des décorations de style gothique à l’intérieur de la chapelle.

L’ossuaire de Sedlec revisité par Jan Blažej Santini-Aichel

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Connu pour ses œuvres baroques très expressives, cet architecte praguois a été mandaté pour restaurer la chapelle et le monastère cistercien. Il entreprend des travaux d’envergure, qui dureront de 1700 à 1709, tandis que le sculpteur Matthias Braun se voit chargé de la décoration d’intérieure en os. Celui-ci s’appuie sur le livre biblique d’Ézéquiel pour organiser son œuvre sur la thématique de la vie éternelle.

L’ossuaire de Sedlec tel que nous le connaissons aujourd’hui résulte d’une autre restauration lancée en 1870 par l’une des plus illustres familles du pays, les Schwarzenberg. Elle confie au sculpteur sur bois František Rint de Česká Skalice le soin de réaliser une décoration en os de styles baroque et gothique. On estime entre 40 et 60 000 le nombre d’ossements utilisés pour composer le mobilier, le blason des Schwarzenberg ou encore l’imposant chandelier. Celui-ci comporte un exemplaire de chacun des os du squelette humain. 

Lorsque l’on visite l’édifice, on se sent envahi d’une émotion étrange face à ces reliques humaines érigées au rang d’art à la faveur de la main du sculpteur. Une fois passés les deux calices géants qui ornent l’entrée de la chapelle, on découvre les façades intérieures décorées de fémurs et de têtes croisés. Certaines portent d’ailleurs les stigmates des violents combats qui ont opposé les catholiques aux hussites…

Pour une visite à Hora Kutna, la solution la plus simple et économique consiste à prendre le train depuis la gare centrale de Prague. Une ligne effectue la liaison toutes les heures et le trajet dure également une heure. Vous descendrez à l’arrêt Kutná Hora et une courte marche de 10 minutes vous sépare encore de l’ossuaire. Il vous en coûtera 50 couronnes tchèques, soit moins de 2 € pour pénétrer à l’intérieur de l’édifice.