Avant de devenir le personnage emblématique du roman de François Rabelais, Gargantua serait avant tout un géant issu de la culture celtique et populaire. De sa naissance fantaisiste à son appétit d’ogre, en passant par les menhirs qui servaient à ses jeux, découvrez quelques mythes et légendes qui ont nourri le folklore rabelaisien.  

Rabelais et Gargantua, une légende d’origine celtique ?

Contrairement aux idées reçues, Rabelais n’est pas l’inventeur de cette figure fantasque et énergique qu’est Gargantua. Comme le disait George Sand dans ses Légendes Rustiques : « je crois que Gargantua est l’œuvre du peuple et que, comme tous les grands créateurs, Rabelais a pris son bien où il l’a trouvé. ». 

D’éminents lettrés et mythologues se sont ainsi interrogés sur les origines du géant, qui pourraient remonter aux légendes celtiques. En attestent notamment une foule de mégalithes portant des noms dérivés de Gargantua, comme Jergantua ou Grand-Tuard. 

Dans son Essai de mythologie celtique, le professeur Henri Gaidoz rattache Gargantua à Gargan, un dieu gaulois du soleil. Contrairement au personnage débonnaire et bienveillant de Rabelais, Gargan dévorait des humains brûlés dans des hottes d’osier. Arnold Van Gennep, quant à lui, avance plutôt l’hypothèse selon laquelle Gargantua aurait pu être un géant apparu au Moyen Âge. De notre côté, nous trouvons bien plus amusante et truculente la naissance de Gargantua telle qu’elle est contée par Rabelais.

L’ouverture du Gargantua de Rabelais : une naissance fantaisiste

Dès l’ouverture de Gargantua, Rabelais exhorte le lecteur à faire preuve de bienveillance face à une œuvre qui s’annonce comique, mais qui dissimule une pensée et une réflexion profondes. Après avoir introduit le personnage de Jean Audeau, l’agriculteur qui découvre l’arbre généalogique des parents de Gargantua, l’écrivain explique que, selon lui, la perfection d’un nouveau-né dépend de la longueur de la grossesse. 

Gargamelle, alors enceinte de Gargantua, décide d’organiser un repas pantagruélique pour le Mardi gras et fait abattre des milliers de bœufs. Elle invite des amis à partager ce repas bien trop copieux et, malgré son mari qui l’exhorte à faire preuve de modération, elle boit et mange trop. Une dispute éclate, au cours de laquelle Gargamelle commence à ressentir des contractions, alors qu’elle en est au onzième mois. Elle accouche donc de Gargantua… par l’oreille gauche ! Celui-ci réclame aussitôt à boire, faisant s’exclamer son père « quel grand [gosier] tu as ! ». D’où le nom Gargantua. Pour le nourrir, le lait de quelque 17 913 vaches fut nécessaire. La légende de l’appétit démesuré du géant est ainsi née. 

Rabelais, Gargantua et la nourriture 

Les repas occupent une place importante dans la vie de Gargantua, car c’est en ces occasions qu’il assimile et ingurgite les leçons de ceux qui font son éducation. La nourriture est cependant envisagée du seul point de vue de la quantité. La gourmandise n’est pas le moteur du géant, ce qui lui importe, c’est de se remplir le ventre. De nombreux banquets sont donc relatés au fil du roman, que Gargantua partage avec les sophistes ou encore les disciples du sage Ponocrates.

Tout au long de l’histoire, Rabelais s’attache à donner des listes impressionnantes des victuailles consommées par le géant, comme 415 moutons, 32 bœufs, 63 chevreaux, 6 000 poulets et autant de pigeons, en un seul repas. Et en ressortant du corps de Gargantua, toute cette nourriture viendra façonner les paysages. Son urine devient des rivières, ses excréments, des aiguilles, il arrache des pins entiers pour se curer les dents… Des légendes qui prêtent à sourire, mais aujourd’hui encore, certains sites naturels sont rattachés à Gargantua.

Quelques lieux à visiter associés à Gargantua

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Promenons-nous maintenant à travers la France sur les traces du géant. Commençons par la Bretagne, pour découvrir les menhirs disposés aux environs de Guérande, qui seraient des cailloux gênant sa marche. Nombre de dolmens, portant le nom de palets de Gargantua, témoigneraient des jeux du personnage.

Mettons ensuite le cap sur Bois-lès-Pargny, dans le département de l’Aisne, où un menhir appelé Verziau de Gargantua lui aurait servi à aiguiser sa faux. Un peu plus loin, à Molinchart, à proximité de la forêt de Saint-Gobain, un monticule de grosses pierres constituerait la hottée de Gargantua. 

Enfin, selon les Suisses romands, Gargantua aurait créé le lac Léman en tentant d’égaliser les cantons de Verne et de Vaud. Et la liste ne s’arrête pas là…
 

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