Avez-vous déjà entendu parler de la dame du Lauratet, de l’or des fées ou encore de la sorcière de Belalp ? Si tel n’est pas le cas, profitez de votre prochaine visite dans les Alpes pour satisfaire votre curiosité. Le dahu est probablement la légende la plus connue de la région, mais il en existe bien d’autres. Souvent fondés sur des faits réels, les mythes et contes font partie intégrante du patrimoine culturel des Alpes. Ils se transmettent de génération en génération et leurs versions peuvent différer d’un endroit à l’autre. Laissez-nous vous conter certaines des histoires les plus célèbres des Alpes et préparez-vous pour un voyage surprenant où réalité et imaginaire se confondent parfois… 

Le dahu : animal sauvage et mystérieux des Alpes occidentales

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S’il y a peu de chances que vous en croisiez un sur la route des grandes Alpes, vous entendrez immanquablement parler du dahu. Cette créature imaginaire est à mi-chemin entre un chamois et un bouquetin, dont les pattes gauches sont plus courtes que les droites. En fonction des croyances et des villages, il est connu sous différents noms : dans le Jura, on le nomme dairi ; au cœur du Haut-Valais, ce sera rülbi ; dans l’Aveyron et l’Aubrac, on parlera du tamarou. Sa légende est surtout célèbre car elle est un excellent moyen pour les habitants de se moquer gentiment des voyageurs. Ainsi, sachez que si l’on vous propose de partir à « la chasse au dahu », le plus sage est de décliner l’invitation. En effet, les locaux aiment plaisanter en emmenant les touristes dans la montagne et en leur faisant croire qu’ils ont réussi à faire peur à un dahu : vous devez donc attendre que ce dernier, effrayé et déséquilibré, descende le versant jusqu’à vous pour l’attraper. Pendant ce temps, les habitants rentrent discrètement chez eux et vous espérez que le dahu arrive. Une fois la supercherie découverte, il ne vous reste plus qu’à retrouver seul le chemin du village…

Le noyer de Ripaille : quand le diable vient concurrencer le dahu, sur les eaux du lac Léman

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Le diable est un personnage récurrent dans les contes et les légendes des Alpes. Dans l’histoire du noyer de Ripaille, il apparaît sous la forme d’un homme bavard et richement vêtu, qui souhaite traverser le lac pour rejoindre Thonon depuis Lausanne. Le batelier à qui il s’adresse refuse d’abord de l’escorter, en raison des vents violents et de l’agitation des eaux en cette nuit d’hiver. Devant l’insistance de l’homme, qui lui promet une généreuse somme d’argent, il finit par accepter. Lors de la traversée, l’homme révèle au batelier que la valise qu’il transporte contient un précieux trésor : des diamants. Profitant des vagues, le marin fait basculer l’homme par-dessus bord, le laissant se noyer tandis qu’il rejoint Ripaille. Après avoir pris le plus petit diamant de la valise et caché cette dernière, il se réfugie dans l’une des tours du château de Ripaille. Mais au cours de la nuit, le diable apparaît et, pour se venger, emmène le batelier dans le jardin avant de le transformer en noyer… Depuis, on raconte que chaque année, une tempête se déchaîne sur le lac le jour de ce tragique anniversaire et que les marins n’osent pas s’y aventurer. Le soir venu, le diable sort des eaux du Léman pour se rendre au noyer de Ripaille : d’un revers de la main, il chasse les nuages et, sous les rayons étincelants de la Lune, les noix se changent en diamants, que le diable récolte avant de disparaître… 

Les possédées de Morzine : une histoire moins connue, mais plus mystérieuse que le dahu

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Si vous passez par Chamonix pendant votre séjour dans les Alpes, vous profiterez bien sûr des restaurants savoyards et des magnifiques paysages de la mer de Glace, accessible via le train de Montenvers. Mais si vous êtes à la recherche d’une histoire vraiment surprenante à raconter à votre retour, mettez le cap au nord et rendez-vous à Morzine… Entre 1857 et 1870, cette commune de Haute-Savoie aurait été touchée par une épidémie étrange et inexplicable. Tout commence lorsque deux fillettes très pieuses, Péronne et Marie, se mettent à avoir des « crises » : convulsions, violence verbale, léthargie, hallucinations… Elles expliquent qu’elles sont possédées par trois diables : l’Avare, le Voleur et le Bûcheron. Au cours des années suivantes, près de 200 femmes sont ainsi atteintes par le « mal de Morzine ». De nombreuses mesures sont prises (arrestations, confinement, internements) pour tenter de stopper l’hystérie collective qui avait gagné Morzine. La ville redevient peu à peu normale, notamment grâce à la mise en place d’une nouvelle « éducation morale » et à la suggestion du sous-préfet de Thonon de couper toute influence religieuse. Aujourd’hui, l’histoire des possédées de Morzine est l’une des légendes les plus connues de la région, même si le mystère qui l’entoure n’a jamais été élucidé.

Après une chasse au dahu, pourquoi ne pas rafler l’or de la rue des Masques ?

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À quelques pas de Guillestre, dans les Hautes-Alpes, se trouve un sentier qui longe un canyon vertigineux, bordé de falaises mordorées : la rue des Masques. Ce passage aurait été creusé suite à l’effondrement d’une partie de la montagne au Moyen-Âge. Il tient son nom du terme provençal masco, qui signifie « sorcière, magicienne ». Selon la légende, chaque année à Noël, une grotte remplie d’or fabriqué par des sorciers s’y ouvrirait dès le premier coup de minuit : les sorciers, qui perdent alors leurs pouvoirs, se cachent et laissent ainsi l’accès libre à leur trésor. Une jeune veuve, Marguerite Oliron, se rend dans la rue des Masques avec son enfant pour récupérer une partie de l’or. Mais la grotte se referme, emprisonnant son fils et le trésor. Chaque matin, pendant un an, elle se réveille et trouve un pain à côté d’elle. Le jour de Noël, elle se rend de nouveau à la rue des Masques et lorsque la roche s’écarte, elle découvre son enfant souriant. Plus heureuse que jamais, elle rentre chez elle, sans prendre le moindre gramme de l’or des sorciers, réalisant que le seul trésor qui a de l’importance à ses yeux est son fils.

 

Retrouvez l'émission "Légendes de France" tous les dimanches à 20:50 à partir du 1er décembre 2019