En Inde, la musique aurait, selon la légende, une origine divine : c’est par le son Ôm que le Dieu Brahmâ créa l’univers, accompagné par Shiva au tambour dameru, Ganesh au tambour mridang, tandis que la déesse Sarasvati évoluait à la vînâ. Aujourd’hui ancrée dans la vie quotidienne des Indiens, la musique possède un rôle spirituel, dont Ravi Shankar demeure la figure incontestée, mais également divertissant, comme le démontre les rythmes enjoués des films de Bollywood. De Ravi Shankar à Bollywood, zoom sur l’importance de la musique en Inde.

 

L’importance de la musique en Inde

Dans le Gîtâlamkâra, l’ouvrage originel de Bharata sur la musique, il est écrit : « L’art musical nous apporte de la joie au milieu de nos peines, il apparaît comme le destructeur de la douleur et de la tristesse de tous les univers ». Telle pourrait être la définition de la musique en Inde : un art ancré dans la civilisation. Pour preuve, depuis sa création sous l’ère védique, il y a 3000 ans, la musique est présente à chaque événement important, de la naissance au décès, de l’initiation au mariage.

Au fil des siècles, la musique indienne traditionnelle a connu de nombreux styles entre le nord et le sud du pays, du dhrupad et ghazal au padam et kirtanam. Mais si la musique indienne est millénaire, connaissant des artistes renommés tels Tansen, Balamuralikrishna, Vilayat Khan et Amjad Ali Khan, c’est le doux son du sitar de Ravi Shankar qui demeure dans le cœur des Indiens.

ravi shankar

 

Ravi Shankar, figure incontestée de la musique indienne

C’est à onze ans que Ravi Shankar, considéré comme le père de la musique moderne en Inde, commence sa carrière de musicien pour la troupe de son frère, qui se produit Salle Pleyel à Paris. Le jeune homme joue du sitar, un luth à manche long, symbole de la musique spirituelle hindoue. Mais s’il apprend les rouages de la musique indienne en apprenant le surbahar, la vînâ et le sursingar, le père de Norah Jones connaît la notoriété en 1956, à 36 ans lorsqu’il se produit en Amérique.

Son but ? Faire connaître l’art du raga et son pouvoir spirituel dans son pays, mais également à l’international. Ravi Shankar participera à la renommée mondiale de la musique indienne, influençant de nombreux artistes étrangers durant les années 60 : les guitaristes Brian Jones ou Shawn Philips ont ainsi intégré le sitar dans certaines de leurs compositions, tandis que le musicien lui-même a enseigné l’instrument à George Harrison des Beatles.

Mais dépassant le cadre spirituel, la musique en Inde est également au cœur des divertissement, notamment dans l’industrie du cinéma.

 

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©Windzepher

Bollywood, la musique au centre du film

Contraction de Bombay et Hollywood, Bollywood englobe tous les films produits en Inde. Mais il se définit également par un genre de scénario particulier alliant dialogues, chants et danses, conférant au film des airs de comédie musicale. Les tableaux sont somptueux, alliant chorégraphies rythmées et couleurs chatoyantes des saris. La musique est un savant mélange de sons indiens sur une ambiance occidentale, venant accompagner des danses folkloriques comme le bhangra ou le bharata. Au minimum six danses et trois musiques viennent illustrer une scène d’amour ou les malheurs sentimentaux des héros.

Car la musique possède un rôle fondamental dans le cinéma indien : celui d’alternative aux scènes de sexe, interdites par la censure. Lors des scènes de danse, les caméras mettent en valeur les courbes des danseuses ou les corps sculptés des danseurs dont les vêtements, souvent mouillés, laissent entrevoir leurs mouvements sensuels.

Et en Inde, la musique est sacrée ! L’industrie du cinéma possède d’ailleurs ses compositeurs célèbres et attitrés tels Jatin Lalit, Rahul Dev Burman, Madan Mohan, Anu Malik ou Nadeem-Shravan. Leurs titres, baptisés les Filmi et collant parfaitement au scénario, sont ensuite enregistrés par des chanteurs renommés tels Lata Mangeshkar ou Asha Bhosle puis repris en playback par les acteurs du film.

Spirituelle ou divertissante, la musique en Inde possède donc sans aucun doute un rôle central dans la société. C’est également un marqueur fort de la culture indienne qui participe au rayonnement du pays bien au-delà de ses frontières.