Back to top

Sur les rives du Tage, le quartier de Belém attire les voyageurs par ses jardins idylliques et ses monuments culturels… mais pas seulement ! C’est ici que vous partirez en quête des secrets du pastel de nata, une spécialité dont nous vous contons l’histoire.

Belém : un quartier chargé d’histoire

belem-un-quartier-charge-d-histoire

Avec ses monuments inscrits au patrimoine de l’UNESCO, qui nous racontent le riche passé maritime et la puisse du Portugal au cours des siècles passés, Belém est un lieu chargé d’histoire. C’est en effet d’ici que sont partis les navigateurs et explorateurs portugais, ouvrant ainsi l’ère des Grandes Découvertes. À l’entrée du port, la tour de Belém, forteresse défensive à l’embouchure du Tage, est devenue au fil du temps le symbole de la ville. Sur le quai, le Padrao dos Descobrimentos (le Monument aux découvertes) commémore les exploits de Vasco de Gama, Pedro Alvares Cabrel, Fernao Magalhaes (Magellan) et de tous ces grands « découvreurs » qui participèrent au rayonnement du Portugal.

Pour célébrer l’ouverture de la route des Indes par Vasco de Gama, c’est encore à Belém que le roi Manuel Ier fit construire le monastère des Hiéronymites en 1501. Ce somptueux monument fait partie des sites historiques les plus célèbres du Portugal.

À quelques encablures, le palais national de Belém, ancienne résidence royale, est aujourd’hui le siège de la présidence du Portugal.

Entre ces deux adresses de prestige se trouve un autre emblème de Lisbonne, la Antiga Confeitaria de Belém. Une institution gourmande dont la spécialité est le pastel de nata.

Les douceurs conventuelles : du sacré au sucré

les-douceurs-conventuelles-du-sacre-au-sucre

Avant de fondre de gourmandise devant un de ces pastéis de nata de Lisbonne, intéressons-nous à ce que les Portugais appellent les « doces conventuais » (les douceurs conventuelles, en français). Jadis, les monastères et les couvents étaient réputés pour leurs pâtisseries qui ont fait leur apparition au XVe siècle à la faveur des expéditions des Grandes Découvertes et de l’introduction du sucre et des épices dans toutes les cours d’Europe.

En témoigne, encore de nos jours, le nom de nombreuses « doces conventuais », telles que le pao de Deus (le pain de dieu), les cabelo de anjo (les cheveux d’ange), la barriga das freiras (le ventre des nonnes), le beijo das freiras (le baiser des nonnes) ou le pesoço das freiras (le cou de nonne). Les religieux du monastère des Hiéronymites n’ont pas failli à cette tradition. Alors que les blancs d’œuf étaient réservés à l’amidonnage des habits ou à la fabrication des hosties, les jaunes étaient utilisés en cuisine. Avec le sucre de Madère ou du Brésil et la cannelle de Ceylan fraichement déchargés au port de Belém, ainsi que de la farine prélevée en nature, les moines et les moniales hiéronymites confectionnaient de savoureuses tartelettes qu’ils vendaient aux locaux. Ces douceurs conventuelles sont connues de nos jours sous le nom de pastéis de Belém.

Les pastéis de nata de Lisbonne : une petite bouchée d’histoire

les-pasteis-de-nata-de-lisbonne-une-petite-bouchee-d-histoire

Les pastéis de nata (dont la traduction pourrait être « pâtisseries à la crème ») sont des tartelettes feuilletées garnies de flan pâtissier. On les déguste tièdes, saupoudrées d’un nuage de cannelle, voire d’une fine pluie de sucre glace. Une spécialité qui raconte en une bouchée l’histoire du Portugal et de Lisbonne. Un passé où se mêlent les invasions maures, pour la technique de la pâte feuilletée, et la glorieuse époque des Grandes Découvertes, de l’empire colonial et du commerce des épices pour l’introduction du sucre et de la cannelle. Ce petit pêché de gourmandise évoque aussi le souvenir de la dissolution des ordres et la confiscation des biens de l’église en 1834, qui poussèrent les religieux du monastère des Hiéronymites à vendre la recette des pastéis de nata pour survivre.

La Antiga Confeitaria de Belém : la gardienne du secret

la-antiga-confeitaria-de-belem-la-gardienne-du-secret

Le Portugal connait en 1820 une révolution libérale, elle est suivie en 1834 par la dissolution des ordres religieux et la fermeture de tous les couvents et monastères du pays. Les moines hiéronymites sont expulsés de leur monastère. Pour subsister, ils vendent la recette des pastéis de nata à un commerce voisin, mi-magasin de victuailles, mi-raffinerie de sucre de canne. La commercialisation des tartelettes crémeuses connait un succès rapide. On les appelle désormais « Pastéis de Belém ». La recette originale du monastère, jalousement gardée, est restée immuable. Elle passe de maîtres-pâtissiers en maîtres-pâtissiers et n’est jamais révélée à plus de trois artisans à la fois.

Aujourd’hui, la Antiga Confeitaria de Belém, gardienne du secret des pastéis de Nata, reçoit quotidiennement une multitude de gourmands de tous horizons qui ne craignent pas les longues files d’attente pour croquer ces petites douceurs croustillantes et fondantes à la fois. En venant tôt et en évitant l’heure du déjeuner ou du goûter, il est possible de prendre place dans les salles décorées d’azulejos. On y commande un café serré ou une limonade maison et on y déguste les authentiques pastéis de Belém, confectionnés selon l’antique recette des moines.

La recette maison des pastéis de nata de Lisbonne

la-recette-maison-des-pasteis-de-nata-de-lisbonne

Pour réaliser le pastel de nata do Lisboa, il vous faudra 250 g de pâte feuilletée (maison ou du commerce), 100 g de sucre semoule, 4 jaunes d’œufs, 25 cl de crème fraîche, 10 g de farine.

Après avoir étalé la pâte feuilletée très finement, on tapisse des moules à tartelettes profonds, préalablement beurrés. Pendant que le four préchauffe (thermostat 8-9, soit 260 °C), on fouette les jaunes d’œufs avec le sucre dans un saladier jusqu’à obtenir un mélange blanc et homogène. On ajoute la farine délayée avec de la crème, puis on porte le tout à ébullition, sur feu doux, sans cesser de remuer. La préparation est prête lorsqu’elle commence à frémir. La dernière étape consiste à remplir les moules et les enfourner jusqu’à ce que la surface présente un aspect bien doré.

Les pastéis de nata ont un temps de conservation de 24 à 36 heures, le mieux étant toujours de les déguster tièdes, saupoudrés selon les goûts de cannelle et/ou de sucre glace.

S’il fallait ajouter une raison pour venir visiter Lisbonne, les pastéis de nata de Belém, petites tentations sacrées et sucrées, pourraient bien faire partie du classement de tête !