La flûte des charmeurs de serpents fait onduler les cobras et captive les humains. Découverte d’une culture qui fascine dans les villes et villages d’Inde depuis des millénaires. 

Charmeur de serpent en Inde, une profession familiale 

Charmeur de serpent en Inde, une profession familiale 

Sur la place d’un village indien, un homme pose sur le sol un panier rond. Face à celui-ci, il déroule un tapis et s’y installe en tailleur. En portant à sa bouche un pungi, flûte traditionnelle, l’homme découvre la corbeille. Alors qu’il commence à jouer, un cobra se dresse hors du panier du charmeur de serpent, sa coiffe d’écailles largement déployée, et ondule au son de la musique. 

Cette scène se répète inlassablement depuis des millénaires dans un pays où les charmeurs de serpents et leur flûte font partie du paysage folklorique traditionnel. Leur art, de plus en plus décrié et officiellement interdit, continue de fasciner un public de locaux et de touristes. Et pour cause, l’animal au centre de ce spectacle, le plus souvent un cobra indien, est un serpent au venin puissant.

Avec sa musique, le joueur de flûte semble contenir la dangerosité du reptile, ce qui lui vaut admiration, respect et, autrefois, une réputation de magicien. Ce sont principalement les hommes qui se transmettent cette profession de génération en génération, au sein d’une famille ou d’une tribu. Les garçons et filles des petits villages apprennent dès le plus jeune âge à vivre au milieu de serpents partout dans le pays. À Jaisalmer dans le Rajasthan, dans le Tamil Nadu ou l’Uttar Pradesh... L’animal fait partie de la famille et les tribus le révèrent comme une divinité. Il serait une des incarnations de Shiva, un des dieux suprêmes de l’hindouisme. 

Animal sacré, symbole de féminité, fécondité et longévité, le serpent inspire aussi la crainte des Indiens. Le pays en compte 270 espèces, dont 60 au venin très toxique. Cela pimente d’autant plus ce spectacle singulier : par ses mises en scène, un charmeur de serpent expose sa capacité à manipuler ces animaux redoutables. Spécialiste des reptiles, il est également consulté pour déloger un spécimen d’une maison ou soigner des morsures. Des interventions qui lui permettent de gagner sa vie. 

La musique du charmeur de serpent, sans effet sur les reptiles  

 La musique du charmeur de serpent, sans effet sur les reptiles

Les charmeurs de serpents s’appuient sur la musique pour captiver le public. Le reptile, lui, se montre plutôt sourd à ces mélodies. Le pungi, composé d’une calebasse évidée et de bambou, a peu d’effet sur les serpents qui n’ont pas d’oreilles et perçoivent peu de sons. Ce que les spectateurs considèrent comme le balancement d’un cobra envoûté est une posture de défense. Peureux et discret, le cobra attaque en dernier ressort. Dressé, il cherche d’abord à intimider celui qui le dérange et espère sa fuite. 

Si la musique d’un charmeur de serpent ne l’atteint pas, les vibrations créées par son maître qui tape discrètement le sol déclenchent le système de défense du reptile. De même, les mouvements de la flûte sont perçus par l’animal comme ceux d’un ennemi potentiel. Il oscille en suivant l’instrument pour ne pas le perdre des yeux.

Pour se prémunir des morsures, la plupart des tribus ôtent aux serpents leurs crochets. Cette pratique assimilée à de la maltraitance et les prélèvements abusifs d’animaux dans la nature ont conduit l’État indien à interdire les spectacles. Cependant, les charmeurs de serpents dénoncent une perte de revenu et de leur culture. À la recherche d’un terrain d’entente, l’État essaie de limiter les captures de reptiles en exigeant que les animaux déjà captifs portent une puce électronique. En contrepartie, il travaille aussi à la préservation de la musique des charmeurs de serpents, qui continue de séduire les humains.