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Aujourd’hui reconnue pour la beauté de ses paysages et la qualité de son environnement, la Tasmanie a été, au début de son histoire britannique, une colonie pénitentiaire. De 1833 à 1853, sur cette île australienne, la petite localité isolée de Port Arthur a accueilli les criminels jugés les plus endurcis du royaume.

Port Arthur en Tasmanie, un lieu peu accessible

Port Arthur en Tasmanie, un lieu peu accessible

Au large de Melbourne dans le sud-est australien, le détroit de Bass et presque 200 kilomètres isolent le reste du pays de la Tasmanie, sa plus grande île. Dans le sud de ce territoire, Port Arthur semble encore plus coupé du reste du monde. La localité occupe l’extrémité de la péninsule de Tasman, à une centaine de kilomètres de Hobart, capitale de l’État de Tasmanie. Eaglehawk Neck, un isthme fin d’une longueur de 400 mètres, relie la péninsule au reste de l’île.

L’accès malaisé à Port Arthur a directement influencé son destin à partir du XIXe siècle. Le contrôle de la Couronne britannique sur le territoire australien se trouve à cette époque en pleine expansion. Après l’établissement d’une première colonie pénitentiaire en Nouvelle-Galles du Sud en 1788, une deuxième colonie naît en Tasmanie en 1803, largement composée de prisonniers. À Port Arthur, à partir de 1830, une exploitation forestière démarre alors, portée par les colons et les condamnés. Trois ans plus tard, le gouvernement britannique décide de faire de ce lieu une nouvelle prison. Cette dernière deviendra la plus connue d’Australie.

12 500 hommes et femmes seront confinés sur le site de Port Arthur. Certains condamnés pour une courte période, d’autres à vie. Ils sont utilisés principalement pour des travaux forestiers dans des conditions difficiles. Un labeur censé amener les forçats à « se réformer ». En parallèle, un complexe de bâtiments destinés à héberger les bagnards s’élève, pierre après pierre.

Surnommé de nos jours « l’Alcatraz d’Australie », le pénitencier de Port Arthur reçoit les condamnés considérés comme les plus endurcis de Grande-Bretagne. Tous récidivistes, ils arrivent directement d’Europe ou proviennent d’autres prisons australiennes. Aux châtiments corporels encore largement pratiqués ailleurs sont préférées des punitions psychologiques novatrices : isolement ou pain sec et eau pour les prisonniers qui se conduisent mal, et au contraire traitements de faveur pour ceux qui se comportent bien. 

La géographie des lieux et la stratégie de surveillance empêchent toute évasion. La mer qui entoure la péninsule est soumise aux colères des quarantièmes rugissants et aux courants venus de l’Antarctique. Les prisonniers ont peu de contact avec les personnes extérieures à la colonie. Ils sont tenus à l’écart des voyageurs arrivant par la mer, soumis à des règles de débarquement strictes.

Site du massacre de Port Arthur en 1996

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De nos jours, les visiteurs arrivent sans obstacle par la côte ou la terre. Le lieu historique, désormais niché dans un paysage bucolique serein, est le plus visité de Tasmanie et appartient aux 11 « Sites de bagnes australiens » inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les touristes y font connaissance avec l’histoire de la colonie et de ses prisonniers les plus fameux. Ils déambulent parmi les ruines du pénitencier, découvrent les anciennes cellules, le quartier des officiers et rejoignent le cimetière sur l’île des Morts. Ils se recueillent aussi devant un mémorial érigé en hommage aux 35 victimes de la tuerie de Port Arthur, la plus importante de la période contemporaine australienne. Cet événement tragique qui s’est déroulé en 1996 a depuis conduit le pays à adopter des lois plus draconiennes en matière d’armes à feu.

Niché dans un décor naturel coloré et authentique, Port Arthur a donc joué un rôle essentiel dans l’histoire de l’Australie, que le petit bourg et ses habitants avenants ont à cœur de vous faire connaître.