Perchée à 1 223 m d’altitude aux confins des Pyrénées-Orientales, de l’Andorre et de la province catalane de Gérone, Llivia est une ville espagnole en terre de France. Cap sur la Cerdagne, au bord du Sègre, où l’histoire des royaumes européens a laissé son empreinte, pour découvrir cette singularité territoriale qui remonte au traité des Pyrénées.

Llivia : les origines de cette enclave espagnole

Dans le département des Pyrénées-Orientales (région Occitanie), le canton de Saillagouse se démarque de ses voisins par une particularité de taille, il abrite en son sein une commune pas comme les autres : Llivia, enclave espagnole en territoire français. Cette singularité dure depuis plus de trois siècles. 

Pour percer le mystère de cette nationalité anachronique, il faut remonter aux règnes du Français Louis XI et de l’Espagnol Philippe II qui, en 1660, fixent les nouvelles frontières des royaumes de France et d’Espagne par le traité des Pyrénées (1659). Le comté de Cerdagne est à cette occasion partagé entre les deux pays. La Basse Cerdagne (à l’ouest de la nouvelle délimitation) et Puigcerdà (Puy Cerdan) sont laissées à l’Espagne. La Haute Cerdagne (à l’est de la nouvelle délimitation) ainsi que les 33 hameaux de la vallée du Carol jusqu’à la très haute vallée de l’Aude (Capcir) passent à la couronne de France. 

Llivia, élevée au rang de ville par Charles Quint et ancienne capitale de la Cerdagne, est exclue de l’accord, car seuls les villages sont concernés. C’est ainsi qu’un autre traité est signé en 1660, faisant de la cité espagnole une entité enclavée en France. 

Llivia, une escapade en Espagne sans quitter le territoire français

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Sur place, l’enclave de 12 km² s’organise autour de la vieille-ville, avec son dédale de ruelles pentues au sommet duquel trône l’église Mare de Déu dels Angels (Notre-Dame-des-Anges), coiffée de trois tours défensives. À proximité, la tour Bernat de So - fortification bâtie sur les ruines de l’ancien château médiéval - fut successivement prison, mairie et musée. Ces deux ouvrages de la fin du XVIe siècle rappellent les rivalités entre les royaumes de France et d’Espagne. 

Face à l’église, le musée municipal de Llivia, qui occupe le rez-de-chaussée de la mairie, plonge les visiteurs dans l’univers de la pharmacie Esteva. Remontant au XVe siècle, elle passe pour être la plus ancienne pharmacie d’Europe ouverte au public. Ici, on conserve un grand nombre d’instruments utilisés par les apothicaires pour élaborer les divers remèdes et médecines. Comptoir, bibliothèque, alambics, mortiers et pharmacopées retracent plus de trois siècles d’histoire. Entre autres curiosités, on peut y voir le squelette d’un macaque datant du Ve siècle, une armoire à poisons baroque et de remarquables boîtes polychromes de la Renaissance ornées d’images saintes ou botaniques.

La découverte d’une enclave : une randonnée dans les Pyrénées-Orientales


Au départ de l’église Sant Julia d’Estavar, le village voisin, s’ouvre une belle randonnée réalisable en 3 h 30, baptisée « La découverte d’une enclave ». Au cours de cette boucle de 14 km qui traverse le nord de Llivia, le paysage de Cerdagne se dévoile au fil d’une succession de forêts de feuillus, de pinèdes, de prairies vallonnées, de fontaines, d’aqueducs anciens et de cascades. Cette randonnée de difficulté moyenne à difficile (niveau 3) affiche un dénivelé de 532,51 m. Après l’effort, deux récompenses attendent les marcheurs : le pic des Mauroux, spot prisé des parapentistes, et le chaos de Targasonne, une curiosité naturelle qui voit se chevaucher plus de mille énormes blocs granitiques érodés par le temps. 
Llivia, une exception cerdane à découvrir sous le soleil ou sous la neige, lors d’un séjour à Font-Romeu et dans la vallée de l’Eyne.