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Chaque année en été, une puissance silencieuse traverse le nord-ouest et le nord de l’Inde. Ce visiteur choisit toujours de s’aventurer sur ce territoire dans l’après-midi. Il s’appelle Loo, ou parfois Lu selon les variations d’orthographe. Mais il ne prend qu’une seule forme : celle d’un vent chaud et sec à la température qui oscille entre 45 et 50 °C. Sa présence transforme la vie des humains, des animaux et du monde végétal, surtout pendant les mois de mai et juin pendant lesquels il est au sommet de sa puissance.

Le Loo trouve son origine dans les régions arides à l’ouest du sous-continent indien. Le désert du Thar dans l’État du Rajasthan et, du côté du Pakistan, le Cholistan et les zones désertiques de la province du Baloutchistan, lui tiennent lieu de berceau. Pendant l’été, c’est-à-dire entre les mois de mars et juin pour cette zone du monde, la chaleur y est intense, ce qui provoque une diminution de la pression atmosphérique. Un phénomène qui favorise la circulation des masses d’air. L’atmosphère qui vient de la mer, humide au départ, s’assèche à l’extrême au fur et à mesure qu’il voyage le long de la plaine indo-gangétique qui s’étend jusqu’au Bangladesh.

DES PAYSAGES BRÛLÉS

Ce vent indien a des répercussions impressionnantes sur l’environnement. Il assèche drastiquement le paysage qui prend une couleur brune et paraît presque brûlé. Il provoque l’évaporation de petites retenues d’eau comme les mares et les cours d’eau mineurs. La végétation cherche à se protéger par tous les moyens et les arbres ont trouvé une parade surprenante. Pour conserver un taux d’hydratation minimal, ils se débarrassent de ce qui pourrait les amener à dépenser le peu d’eau qu’ils conservent. Ils perdent donc toutes leurs feuilles. 

Pour les animaux comme pour les humains, lutter contre la chaleur du Loo est un effort de tous les instants. Ce dernier semble transporter le désert avec lui. Lorsque l’atmosphère est chaude au milieu de l’été, on attend tout naturellement d’un vent qu’il apporte un peu de répit. Le Loo au contraire se comporte comme une fournaise en mouvement. Son souffle qui atteint une vitesse de 30 à 40 km/h peut se faire brûlant sur la peau. Parfois, il ne vous laisse même pas le temps de transpirer : votre peau se couvre de monticules de sel en lieu et place des gouttelettes de sueur qui se sont instantanément évaporées.

désert indien

©f9photos

SE PROTÉGER DE LA CHALEUR ET RESTER HYDRATÉ

Le Loo ajoute son nom aux différents vents et phénomènes naturels qui amènent les humains à faire preuve d’une grande ingéniosité. Au-delà de la climatisation et des ventilateurs électriques, les Indiens développent des techniques d’isolation plus traditionnelles. Ils posent des écrans végétaux sur les fenêtres pour garder les logements frais. Pour rester hydratés, les recettes se multiplient. Les sherbets par exemple, boissons préparées à partir de fruits, épices et aromates, se composent d’ingrédients destinés à refroidir le corps de l’intérieur. Les marchands vous proposent souvent ces breuvages, aromatisés à la rose, en insistant sur la capacité de la fleur à vous rafraichir. On dit aussi que le lassi, cette boisson au lait fermenté presque indissociable de la culture indienne en Occident, combat les effets de ce vent puissant. Elle est originaire du Pendjab, un des États indiens exposés au vent.

Les tempêtes de sable et les orages diminuent momentanément les assauts du Loo, mais ils ne sont souvent pas assez fréquents pendant une saison pour l’affaiblir complètement. Cependant, ce vent possède un ennemi tout aussi puissant que lui : la mousson d’été venue du sud-ouest. Avant l’arrivée de celle-ci, le Loo semble jouer ses dernières cartouches et l’atmosphère s’assèche encore davantage. Mais lorsque la mousson arrive, entrainant avec elle des nuages de pluie, le Loo capitule enfin jusqu’à l’année suivante.