S’il est moins médiatisé que son voisin le Carnaval de Rio, le carnaval d’Oruro n’en est pas moins un spectacle époustouflant qui mérite le détour. Véritable symbole de la culture bolivienne, il est inscrit au Patrimoine oral et immatériel de l’UNESCO depuis 2008. Cet événement majeur rassemble chaque année, début février, des centaines de milliers de Boliviens venus de tout le pays et de voyageurs enquête d’authenticité. Immersion dans le plus grand carnaval de Bolivie.

Le carnaval d’Oruro : symbole de l’histoire bolivienne

Pour comprendre la naissance du carnaval d’Oruro il faut retracer brièvement l’histoire de la ville. Située à 3700 mètres d’altitude au cœur de l’Altiplano central de la cordillère des Andes, Oruro est un ancien site de cérémonies précolombiennes. À l’origine, ce village indigène s’appelait Ururu, en référence à ses habitants indiens les «Uru». Refondée en 1606 par les Espagnols, Oruro devient un important centre minier et exploite jusqu’au XXesiècle le plomb, l’étain et l’argent. Les Conquistadors introduisent alors le culte de la vierge protectrice des mineurs : la Virgen del Socavón ou Virgen de la Candelaria. Les Boliviens continuent cependant de célébrer en secret le peuple Uru en utilisant les icônes chrétiennes pour cacher leurs dieux andins.

Aujourd’hui, le carnaval d’Oruro s’intègre au festival Ito dédié au peuple Uru et rend hommage à cette histoire en mêlant culture Uru et culture chrétienne. Un véritable exemple de syncrétisme religieux!

Danses et masques du carnaval d’Oruro

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Pendant six jours, la ville minière vibre au rythme des danses endiablées de son carnaval. Plus de 28000 danseurs et 10000 musiciens défilent dans les rues. Les dizaines de groupes folkloriques rivalisent d’imagination pour impressionner le public et rendre hommage à leurs dieux. La pièce centrale de leur déguisement est le masque, appelé «caretas» et fabriqué avec des plantes, de la paille et du papier mâché. Il doit être aussi beau que terrifiant! Il revêt d’ailleurs souvent les traits du diable, avec un visage difforme, des dents démesurées et des yeux exorbités. Ces véritables chefs d’œuvre réalisés à la main représentent énormément de travail, mais aussi beaucoup d’économies : plusieurs mois de salaire sont dédiés à la confection des masques du carnaval d’Oruro. C’est dire l’importance de cette fête traditionnelle pour les Boliviens.

La danse la plus emblématique du carnaval d’Oruro est la «danza de la diablada». Elle personnalise la lutte du bien contre le mal. Syncrétisme oblige, on retrouve derrière l’image du bien et du mal des symboles catholiques, mais aussi des dieux urus : le bien est représenté par la Virgen de la Candelaria et par Pacha Mama, la déesse Terre. Quant au mal, il est tantôt le diable, tantôt Tío Supay, le maître vénéré et craint des montagnes. Parmi les danses les plus importantes, on retrouve également nombre de danses traditionnelles évoquant l’arrivée des esclaves africains en Bolivie : la Morenada, les Caporales, les Negritos ou encore la Saya. Le lama n’est pas en reste puisqu’une danse lui est entièrement dédiée : la llamerada.  

Un spectacle magique, une ambiance festive

Le point culminant du défilé conduit le cortège jusqu’au sanctuaire de la mine. Un trajet de 4 km,plus de 20 heures de marche pendant lesquelles les groupes dansent et jouent sans interruption. Les danseurs et musiciens semblent portés par une force surhumaine et leur procession envoûte les spectateurs. Il y a un je-ne-sais-quoi de magie et d’enchantement. Les couleurs chatoyantes des costumes et des masques entrent en résonance avec les musiques festives et puissantes.  
Dans les gradins, l’on s’émerveille autant qu’on s’amuse dans une ambiance chaleureuse et familiale. Une expérience hors du commun à ne pas manquer en Bolivie!