Puisant ses vibrantes et suaves mélodies dans un métissage de cultures de plusieurs siècles, la musique cubaine est ancrée dans le quotidien de la population de l’île des Caraïbes. De la traditionnelle rumba au Buena Vista Social Club, immersion au cœur de la musique cubaine.

Les origines de la musique cubaine

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À Cuba, la musique est une religion. La journée, les ruelles de l’île des Caraïbes, de La Havane à Trinidad et Varadero, sont animées de chaleureuses mélodies, envoûtantes et rythmées, donnant envie de danser. Sur les places pavées, à l’ombre des arbres, les guitares sèches prennent vie sous les doigts de musiciens lors de concerts improvisés. Lorsque le soleil commence à décliner, c’est dans les clubs et Casas de la Música que la jeunesse cubaine enchaîne les mouvements d’une sensualité raffinée sur des airs de rumba, de mambo ou de danzón.

Si, aujourd’hui, la musique fait entièrement partie du quotidien de la population, c’est parce qu’elle est ancrée dans le patrimoine et l’histoire de Cuba. Résultat d’un métissage de plusieurs cultures du monde, la musique cubaine connaît ses premières notes au XVIe siècle. Elle est un mélodieux mélange des percussions des esclaves africains, transportés sur l’île par les conquistadors, et des guitares et pianos des populations européennes. Ce mariage sera enrichi par d’autres instruments venus d’Amérique latine tels les claves, les chekerés, les congas ou les güiros.

La rumba, l’âme de Cuba

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Parmi les différents styles de musique populaire cubaine, la rumba demeure la plus renommée. Née dans les milieux afro-cubains et les docks du port de La Havane dans les années1830, elle tiendrait son nom d’un terme africain signifiant « fête collective ». Certains affirment que son étymologie serait espagnole et viendrait du terme « mujer de rumbo » désignant une femme aux mœurs légères.  

Inventée par les esclaves perpétuant la spiritualité et la richesse musicale de leur Afrique natale en utilisant comme des percussions des boîtes de cigares ou les caisses des voiles des navires, la rumba possède aujourd’hui quatre formes : l’ancestrale Siguirya, la rapide Columbia, la traditionnelle Yambu et la populaire Guaguanco.  

Mais loin des débats étymologiques et des folklores touristiques, la rumba révèle l’âme de Cuba, véritable élément du lien social, transcendant les classes, cassant les hiérarchies et les codes, les groupes ethniques et les barrières entre les générations.  

Popularisée par des groupes mythiques comme Yoruba Andabo et les Muñequitos de Matanzas ou des divas telles Celia Cruz, la rumba a été inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en décembre 2016.

Du danzón au son, les différents styles de musiques populaires cubaines

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La rumba n’est pas la seule musique populaire à être née à Cuba, véritable berceau artistique. Le métissage entre les différentes cultures africaines et européennes a permis la naissance de nombreux rythmes, parmi lesquels le danzón, créé par le musicien Miguel Faílde en 1880 et largement inspiré des cultures européennes, avec ses orchestres incluant le piano, la clarinette et la contrebasse.  

Dérivé du changüí, le son voit le jour à Santiago de Cuba au début des années 1900 : fondé par un trio de musiciens accompagné d’une basse, un très et un bongo, le son devient une musique très populaire à Cuba dans les années 1920 avec des groupes tels Miguel Matamoros. Ce style de musique s’exportera aux États-Unis où ses mélodies suaves et humoristiques seront les prémices de la salsa...

Santiago de Cuba, berceau de la musique cubaine

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Santiago de Cuba, 21 heures. De la Casa de la Trova, Calle Heredia, s’échappe une suave mélodie. Il suffit de pousser la porte pour se laisser happer par l’atmosphère feutrée et sensuelle des lieux. Entre les tables parsemées de mojitos sucrés et la piste de danse, la scène en bois voit s’enchaîner les chanteurs et les groupes cubains qui souhaitent marcher sur les traces de grandes personnalités de la musique cubaine telles Sindo Garay, Miguel Matomoros ou Ñico Saquito.  

Car Santiago de Cuba demeure le berceau de la musique cubaine. Au mois de mars, la ville et son architecture coloniale aux tonalités pastel sont rythmées par le Festival de la Trova. Le Parque Céspedes, où se dressent fièrement la Cathédrale de Nuestra Señora de l’Asunción et la maison du conquistador Diego Velasquez, s’anime de concerts improvisés.

Car la trova est un autre style populaire de la musique traditionnelle cubaine, née dans les rues de Santiago de Cuba dans les années 1850. Elle est la chanson des troubadours qui, accompagnés de leur guitare sèche, parlent en termes lyriques et poétiques de leur amour pour les femmes.  

Eliades Ochoa en demeure « la » figure emblématique : enfant de Santiago de Cuba, ce chanteur guitariste participera à la popularisation de la trova et du son dans les années 1960 avant de rejoindre le mythique groupe du Buena Vista Social Club à la fin des années 1990.  

Le Buena Vista Social Club, l’âge d’or de la musique cubaine

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À l’origine, le Buena Vista Social Club était une boîte de nuit mythique de La Havane. Chaque vendredi et samedi soir, la jeunesse cubaine se retrouvait au 46 calle 41 pour danser sur des airs de rumba, sol ou mambo. Malheureusement, après la révolution cubaine de 1959 et l’accession au pouvoir de Fidel Castro, les lieux furent détruits.

Quarante ans plus tard, en 1996, Nick Gold, de la maison de disque World Circuit, fait revivre le Buena Vista Social Club en créant un groupe d’artistes de l’âge d’or de la musique cubaine. Cette équipe de rêve de 13 vétérans, ayant connu la gloire à Cuba dans les années1930 à 1950, était composée de figures de proue telles que Compay Segundo, Pio Leiva, Ruben Gonzales, Eliades Ochoa et la diva Omara Portuondo.  

En deux semaines seulement, le Buena Vista Social Club enregistre trois albums. Le disque éponyme, reprenant les plus grands titres de la musique cubaine, sera vendu à 9 millions d’exemplaires et sacré par le Magazine Rolling Stones comme l’un des 500 plus grands albums de tous les temps.  

Le 15 octobre 2015, les membres du groupe, lors de leur tournée d’adieu, ont fait vibrer les murs de la Maison-Blanche de leurs sonorités suaves. Instigué par Barack Obama, ce concert fut le symbole du rapprochement entre Washington et La Havane.