Œuvre étrange et féerique, le Palais Idéal s’élève au cœur du village de Hauterives, dans la Drôme. Construit en 33 ans, il est la vision onirique devenue réalité d’un seul homme. Pierre après pierre, littéralement, le facteur Cheval, employé du service des Postes, a bâti ce monument semblable à nul autre.

Dans la Drôme, à moins d’une centaine de kilomètres de Lyon à vol d’oiseau, Hauterives aurait pu s’apparenter à tous les autres petits villages aux allées tranquilles de la région. Une construction curieuse édifiée entre 1879 et 1912 a pourtant modifié la destinée de ce bourg. Au détour d’une de ses rues s’élève ainsi un palais extraordinaire.

Le palais idéal du facteur Cheval, peuplé d’une faune extraordinaire

Animaux sauvages et exotiques, créatures fantastiques, figures mythologiques, galeries, escaliers, colonnes, pierres aux formes remarquables et même des cascades et une terrasse… un enchevêtrement de structures et de sculptures forme cette maison insolite. A priori, l’enchaînement des motifs et des reliefs ne semble suivre aucune logique. Aux yeux de l’architecte et bâtisseur du Palais Idéal, le facteur Cheval, chaque élément occupe cependant sa juste place.

Enfant de la région, Joseph Ferdinand Cheval poursuit une carrière à l’opposé du domaine du bâtiment. Tout d’abord boulanger, puis brièvement ouvrier agricole, il est facteur à pied depuis 12 ans au moment où il commence la construction de son palais. Un bâtiment qu’il dessine dans son esprit au cours de sa tournée de 30 kilomètres.

Un événement en apparence anodin change le cours de sa vie sur un chemin de la région. L’homme bute sur une pierre et s’arrête pour mieux la considérer. Séduit par sa forme, il repasse la récupérer à la fin de sa tournée. Le lendemain, il contemple à nouveau le lieu où elle se trouvait. Repérant des roches plus belles à ses yeux, il commence à les ramasser chaque jour et à les ramener chez lui.

L’édification de la maison du facteur Cheval débute, le soir, sur le terrain qu’il possède avec sa femme à Hauterives. Aux pierres collectées, il ajoute un liant constitué d’un mélange de chaux, de ciment et de mortier. Il aurait trouvé l’inspiration pour ses motifs dans des représentations bibliques, mais aussi dans des revues, livres et cartes postales qu’il distribue au cours de sa tournée. C’est pour cela que dans un paysage de plantes exotiques, des momies côtoient des ours ou encore un temple hindou.

La maison du facteur Cheval et ses techniques d’avant-garde

Alors qu’il passe pour un excentrique auprès de son voisinage, Joseph Ferdinand Cheval est désormais considéré par des spécialistes de l’art, de l’architecture et des techniques de construction comme un visionnaire. Le béton armé n’existe pas encore au tournant du siècle. Il utilise pourtant une méthode qui s’en approche.

Une fois son œuvre terminée en 1912, le facteur continue de collecter des pierres et s’attèle à un autre projet. Il vient d’apprendre que la loi française ne lui permet pas d’être enterré dans son palais idéal. Il décide donc d’édifier son propre tombeau dans le cimetière de la commune. Une tâche qui lui demande huit ans. L’homme meurt deux ans plus tard, satisfait d’avoir atteint ses deux buts architecturaux.

Le palais du facteur Cheval, considéré comme un symbole de l’art naïf, n’est pas habitable. En revanche, des centaines de milliers de personnes le visitent chaque année. Devenu monument historique depuis 1969 sous la pression d’André Malraux, il reste une œuvre singulière à admirer lorsque vous passez par Hauterives avant de partir en randonnée dans le Vercors.