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Petit bout de rocher immergé en face des côtes de la Crète, Spinalonga s’entoure de hautes murailles infranchissables. Cette île-forteresse à l’histoire riche est aujourd’hui une destination prisée à l’occasion d’une excursion en bateau.

Le destin militaire de l’île de Spinalonga

Le destin militaire de l’île de Spinalonga

Mais pourquoi encercler de murailles un territoire si restreint ? Voilà la question qu’on peut légitimement se poser en découvrant Spinalonga, en Crète, dans la baie de Mirabello. Pour contempler ce paysage, il faut se rendre dans le nord-est de l’île, jusqu’au village de Plaka, juste au-dessus de la petite ville d’Elounda. Face à lui, au milieu de la mer Égée, se dessinent les côtes de Spinalonga, dominées par une colline de 53 mètres de haut dont la végétation rare est jaunie par le soleil. L’îlot affiche une surface de 8,5 hectares. Non loin, une presqu’île beaucoup plus conséquente apparaît. Il s’agit de la péninsule de Spinalonga (ou Kalydon). Celle-ci demeure rattachée à la Crète et à Elounda par une fine bande de littoral. 

Il faut savoir que l’îlot de Spinalonga et la presqu’île éponyme étaient autrefois liés. Les Vénitiens, qui ont occupé la région au XVIe siècle, ont entrepris de séparer les deux territoires, détruisant pour cela le cordon terrestre qui les reliait. Une action qui entrait de plain-pied dans la stratégie de défense qui avait été définie pour ces lieux. 

Sur la côte crétoise, là où se niche de nos jours Elounda, se trouvait au Moyen Âge une ville antique nommée Olous. Cible régulière de raids arabes, elle était tombée à l’abandon. Les Vénitiens, en prenant possession de la région, ont initié la création de marais salants. Pour protéger l’accès par la mer à Olous, alors prospère grâce aux précieux cristaux de sel, ils ont décidé de transformer Spinalonga en un îlot-forteresse gardé. Les fortifications, se composant d’une muraille encerclant l’île et de places fortes à l’intérieur des terres, ont été érigées à partir de 1578.

La forteresse a joué un rôle défensif sous la domination des Vénitiens puis, à partir de 1715, sous celle des Ottomans, qui ont envahi la Crète. L’occupation turque a continué jusqu’en 1903. À cette date, le destin de Spinalonga a pris une tournure tout autre. 

La léproserie nationale, un volet dramatique de l’histoire de Spinalonga
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La lèpre sévissait alors en Europe et aucun remède ou traitement n’était disponible. La Crète, devenue autonome, a vu dans l’îlot une solution d’éloignement des lépreux. Outre les fortifications, l’île comptait plusieurs bâtiments d’habitation. Les malades ont été transférés depuis les quartiers des lépreux d’Héraklion ou Réthymnon et confinés sur ce territoire. Ils se sont organisés en communauté, achetant au port de Plaka les denrées alimentaires nécessaires à leur survie. La situation a perduré lorsque la Crète a intégré la Grèce, et l’île a même été considérée comme une léproserie nationale jusqu’en 1957. Aujourd’hui, Spinalonga reste connue sous le nom de « l’île aux Lépreux ». 

Ce passé riche, les voyageurs contemporains peuvent le découvrir en traversant le bras de mer qui sépare Spinalonga de Plaka, ou au départ d’Elounda. L’îlot n’accueille désormais plus aucun habitant et se visite uniquement durant la journée. Les touristes explorent ses ruelles et ses bâtiments, admirant les constructions et la vie de village établie par les malades de la lèpre et leurs familles, mais également l’ingéniosité militaire des Vénitiens.

Cette excursion, qui constitue un classique lors de vacances en Crète, donne aussi l’opportunité de profiter des eaux turquoise de la mer Égée. Les baignades avec palmes, masque et tuba, généralement incluses dans les sorties en bateau, permettent d’observer un monde aquatique fantastique.