Au nord de la Sicile, sept îles et presque une dizaine d’îlots semblent avoir été posés délicatement au-dessus des eaux bleues de la mer Tyrrhénienne. Ressemblant à un grand Y, ces terres émergées forment l’archipel des îles éoliennes, inscrit au patrimoine de l’UNESCO. Appelées Isole Éolie en italien, elles attisent la curiosité des volcanologues professionnels ou amateurs du monde entier. Tous veulent y observer le Stromboli, un des volcans italiens les plus célèbres, ou les pentes du Vulcano et ses fumerolles de soufre. Entre ces deux îles-volcans, Lipari, impassible, possède des atouts qui séduisent scientifiques et touristes. 

La ville de Lipari, « capitale de l’archipel »

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En quittant le port sicilien de Milazzo et en mettant le cap vers le nord, Vulcano apparaît comme la première île de l’archipel éolien à saluer les ferrys et hydroptères assurant le transport des passagers. Une fois la « cheminée de la forge de Vulcain » dépassée, Lipari et sa ville éponyme, « capitale de l’archipel », se dessinent immédiatement. Maisons blanches aux arrêtes en angles droits, reliefs escarpés, citadelle fortifiée dominant le port… L’île la plus grande de l’archipel et la plus peuplée apparaît riche de merveilles culturelles et naturelles. 

Alors que, à une quarantaine de kilomètres à l’est, le Stromboli expulse régulièrement vers le ciel panaches de fumée, vapeurs et matières incandescentes, Lipari affiche un profil beaucoup plus paisible. Pourtant, cette île doit aussi son existence à des mouvements volcaniques intenses. Les géologues estiment que quatre événements principaux ont permis à cette terre de sortir des eaux il y a quelque 200 000 ans et de prendre sa forme actuelle. Le système complexe n’a pas présenté de signe d’activité significative depuis plusieurs siècles. Pourtant, l’apparition permanente de fumerolles tend à prouver que les volcans de l’île ne sont qu’endormis.

Riche en obsidienne et en pierre ponce

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Cette origine volcanique a non seulement façonné les paysages, mais elle a aussi guidé le peuplement de l’île et son activité humaine. Une évolution qui aura eu, en parallèle, une influence sur l’ensemble de l’archipel. Riches en minéraux, les coulées de lave ancestrales se trouvent à l’origine de gisements d’obsidienne et de pierre ponce. La première, une roche noire à l’aspect vitreux, a conduit les humains de l’ère néolithique à s’installer sur l’île, au quatrième siècle avant J.-C. La dureté de cette roche et sa capacité à trancher l’avaient érigée pendant la préhistoire au rang d’arme et d’outil. Les premiers habitants de Lipari avaient organisé son extraction et son commerce. 

L’exploitation de la pierre ponce démarre bien plus tard et devient une des plus importantes du monde jusqu’en 2007. Cette année-là, la carrière principale de Campo Blanco dans le nord-est de l’île cesse ses activités ce qui sonne la fin de l’extraction de cette roche légère à l’aspect alvéolé. La plage de Porticello, qui s’étend en contrebas du mont Pilato, à proximité des anciennes carrières de pierre ponce, a vu sa physionomie transformée par cette activité industrielle : des dépôts de particules rocheuses tapissent son fond marin. Cela donne à cet endroit une eau d’une couleur turquoise surprenante, car la mer qui baigne l’archipel affiche généralement un bleu profond.

Une halte pour les touristes

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Ce phénomène initié par l’homme ne manque pas de subjuguer les touristes. Arrivant à Lipari de l’Italie continentale, la Sicile ou à bord de bateaux de croisière. Enfourchant un scooter, à pied ou en transports en commun, ils parcourent les 26 kilomètres de route encerclant l’île. Ce long ruban offre des points de vue exceptionnels sur Lipari comme sur les terres voisines.
 
Les visiteurs affectionnent aussi la ville de Lipari et n’hésitent pas à se perdre dans ses ruelles authentiques bordées par des maisons peintes à la chaux ou aux couleurs chatoyantes. Leur balade se poursuit vers le charmant port de pêche traditionnel, Marina Corta, distinct du port de commerce, Marina Longa, où abordent les ferrys. Le chemin monte doucement vers la citadelle fortifiée. 

Colonisée par différentes civilisations

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Il existe peu de lieux sur l’île capable de résumer aussi bien les influences des différents peuplements sur la région. À l’image de la Sicile, Lipari et les îles voisines ont connu une succession de civilisations. Les Grecs ont notamment marqué ce territoire et ont baptisé l’archipel éolien en référence au dieu du Vent. Les Carthaginois les ont suivis, puis les Romains qui estimaient que le cratère fumant de l’île voisine ne pouvait être qu’une preuve que le dieu du Feu, Vulcain, possédait son atelier dans ses entrailles et l’ont par conséquent nommée Vulcania… Les Arabes au Moyen Âge s’emparent de l’île sujette aux attaques régulières de pirates sarrasins avant d’être chassés par les Normands. Ceux-ci la transmettront à d’autres dynasties : les Angevins, le royaume d’Aragon.

Sous la domination espagnole, l’île connait l’épisode le plus dramatique de son histoire. En 1544, le corsaire ottoman Khayr ad-Din Barberousse attaque la ville de Lipari et réduit en esclavage la quasi-totalité de la population. Charles Quint, décide la construction de fortifications pour protéger le bourg et ses habitants.

Un musée archéologique exceptionnel

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Achevés en 1556, ces hauts murs infranchissables encerclent un promontoire rocheux qui a été constamment occupé depuis l’arrivée des humains sur l’île. On y trouve encore aujourd’hui les vestiges d’une acropole grecque ou de maisons datant de l’âge du Bronze. Les surnoms de Citadelle ou Château attribués à ce lieu correspondent à sa géographie et non pas à la présence d’une demeure noble. Entre ces murs d’enceinte se trouvent la cathédrale Saint-Bartholomée et un cloître. Ils abritent aussi le musée archéologique éolien. Peu d’espaces muséographiques en Europe peuvent rivaliser avec sa richesse époustouflante. Ses collections remontent au début du peuplement de la région. 

Nombre de visiteurs décident d’opter pour une escale courte sur cette île avant de rejoindre Stromboli. Pourtant, réserver une chambre d’hôtel à Lipari offre la possibilité de découvrir une île fascinante et de profiter de ses petits cafés et restaurants chaleureux.