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Dominant la Maine de ses remparts infranchissables, le Château d’Angers se dresse dans la ville depuis le XIIIe siècle. Cette imposante forteresse dissimule entre ses murs épais une œuvre délicate : la tenture de l’Apocalypse, une tapisserie médiévale unique au monde. Les amateurs d’art et d’histoire se délectent à l’idée de visiter Angers et son château. 

Majesté et grandeur au-dessus de la Maine

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Le Château d’Angers renvoie des impressions de grandeur, force et majesté. Des sentiments inspirés par sa position géographique, son architecture et ses fonctions successives. Juché sur un promontoire rocheux surplombant la Maine, l’édifice se compose d’une haute muraille encerclant le site sur plus de 500 mètres, interrompue par dix-sept tours circulaires. Seule la zone faisant face à la rivière ne possède pas de remparts : les architectes ont jugé que l’escarpement naturel représentait une défense suffisante. 

Deux portes opposées, protégées par une herse et un pont-levis s’abattant au-dessus de fossés secs, offrent un accès. Les tours présentent la particularité d’intégrer deux types de roches, du schiste, sombre, et du tuffeau, pierre calcaire claire. Cette alternance crée une polychromie inattendue. Ces remparts médiévaux, massifs et austères, sont à l’image de l’architecture militaire contemporaine de leur édification.

Une architecture imposante pour une fonction défensive

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Blanche de Castille, mère de Louis IX, le futur Saint-Louis, ordonne la construction de cette forteresse en 1230. La régente et son fils espèrent ainsi tenir à distance le roi d’Angleterre, Henri III, et le duc de Bretagne. Douze ans seront nécessaires pour l’achever. Louis IX prendra la succession de sa mère dans la direction des travaux.

Le site n’a pas été choisi au hasard. Le promontoire de schiste offre une vue imprenable sur la Maine et la région d’Angers. Occupé depuis le Néolithique, cet emplacement a tour à tour été le siège d’un oppidum gaulois, d’une terrasse supportant un temple romain et d’une demeure épiscopale, avant de devenir le palais des comtes d’Anjou, au IXe siècle. Ils y bâtissent plusieurs édifices, dont seuls les murs de la « Grande Salle » et quelques vestiges de la chapelle Saint-Laud originelle subsistent. L’épaisse muraille voulue par Blanche de Castille apporte au palais comtal un caractère défensif qui lui faisait défaut jusque-là.

Si sous Saint-Louis et ses successeurs le château s’attache essentiellement à cette fonction protectrice, les ducs d’Anjou, grands amateurs d’art, le transforment à partir de 1360 en une résidence raffinée. Louis Ier d’Anjou, frère de Charles V, entreprend de le rénover et agrandit la « Grande Salle » comtale. L’épouse de Louis II y ajoute une nouvelle chapelle. Leur fils, le roi René, né dans ce château, y fait construire le logis royal (entre 1435 et 1440), un châtelet flanqué d’élégantes tourelles (en 1455) et une ménagerie. Il commande aussi l’aménagement des jardins.

Des prisonniers retenus dans un palais ducal

Revenu dans le giron royal, le château connait une modification significative pendant les guerres de religion du XVIe siècle. Le toit en poivrière des tours extérieures disparait pour s’adapter à l’utilisation des canons. Le palais ducal reprend son rôle de forteresse. Il devient une prison sous Louis XIV, qui y fait enfermer Nicolas Fouquet. Cette fonction carcérale accompagne l’histoire du château d’Angers au cours des siècles suivants, jusqu’en 1947. L’armée, propriétaire des lieux, le transfère ensuite à l’administration des Monuments Historiques.

La tapisserie du Château d’Angers, un chef-d’œuvre médiéval

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Cette institution entreprend de réhabiliter le château et de l’ouvrir au public. Ce faisant, elle donne un écrin à sa mesure à la tenture de l’Apocalypse, chef-d’œuvre de l’art textile médiéval. Cette gigantesque tapisserie résulte d’une commande passée par Louis Ier d’Anjou vers 1375. Le duc est un grand amoureux des tapisseries, qu’il collectionne. Il se tourne vers le peintre Jean de Bruges pour l’élaboration picturale de cette fresque et vers Nicolas Bataille, tisseur de renom, pour l’élaboration de la tenture.

Longue de 140 mètres, haute de six mètres environ et couvrant une surface de 850 m² à sa confection, la monumentale tenture de l’Apocalypse apparaît lors de cérémonies importantes. Les historiens notent sa présence dans la cour de l’archevêché d’Arles à l’occasion du mariage de Louis II et Yolande d’Aragon en 1400.

Un trésor mis aux écuries

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Au-delà de ses dimensions hors-normes, cette tapisserie est exceptionnelle par la qualité de sa réalisation et l’éclairage qu’elle apporte sur le contexte historique et politique de son époque. Elle illustre en six tableaux composés de 14 scènes le récit conté par l’Apocalypse de Jean, dernier livre de la Bible. Celui-ci décrit la lutte entre le Bien et le Mal et l’avènement d’une Jérusalem céleste, symbole du salut de l’Humanité. Un sujet qui a une résonance particulière auprès de la population confrontée aux affres de la guerre de Cent Ans, et les destructions et famines qu’elle engendre.

Pour en réaliser l’iconographie, Jean de Bruges se réfère à des Bibles enluminées et notamment un manuscrit appartenant à Charles V. Les ateliers qui la confectionnent utilisent la technique de la tapisserie de lice. L’endroit et l’envers de l’ouvrage sont identiques, ce qui témoigne du savoir-faire exceptionnel des tapissiers qui dissimulent chaque bout de laine terminé à l’intérieur de la tapisserie.

Léguée par le roi René en 1480 à la cathédrale d’Angers, la tenture de l’Apocalypse est d’abord considérée comme un trésor, puis négligée et malmenée. Certains morceaux découpés seront même employés dans des écuries. Au XIXe siècle, elle est redécouverte, reconstituée, et sa restauration commence. Possédant aujourd’hui une longueur de 100 mètres pour une hauteur de 4,5 mètres, elle constitue la plus ancienne et la plus grande tapisserie médiévale conservée au monde. La galerie du château d’Angers qui l’abrite possède un éclairage et une température adaptés à sa conservation. 

Le Château d’Angers, une visite incontournable

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Un chef-d’œuvre de l’art textile, des bâtiments à l’histoire riche et des jardins reconstitués selon les codes en vigueur au XVe siècle font du Château d’Angers et de ses murailles un monument incontournable lors d’un passage dans cette ville du Maine-et-Loire.